Allongement exceptionnel de l'espérance de vie en 2004 

Les femmes vivent en moyenne jusqu'à 83,8 ans et les hommes jusqu'à 76,7 ans : l'espérance de vie a fait un bond inattendu en 2004 par rapport à 2003, année de la canicule, mais aussi par rapport à 2002, année « normale », selon une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined) publiée aujourd'hui. En France métropolitaine, la durée de vie de la population s'est ainsi allongée de dix mois en deux ans. « C'est nettement plus que la tendance des cinquante dernières années : trois mois par an, soit six mois en deux ans », souligne l'auteur, Gilles Pison.

Comment expliquer ce surplus de vie ? La mortalité infantile atteignant désormais des niveaux extrêmement bas (3,9 pour 1.000 en 2004), c'est vers la mortalité des adultes qu'il faut se tourner pour trouver des indices. Les tendances de fond d'abord : le nombre de décès dus aux maladies du coeur et des vaisseaux a poursuivi sa décrue, entamée il y a cinquante ans. Grâce aux diagnostics plus précoces et au recul des comportements à risques comme le tabagisme et l'alcoolisme, la mortalité par cancer, qui s'était accrue, régresse aujourd'hui. De manière plus conjoncturelle ensuite, la multiplication des radars automatiques a permis de diminuer le nombre de tués sur la route. L'absence de grosse épidémie de grippe, l'an dernier, a aussi limité le nombre de décès.

Le cas de Jeanne Calment

Enfin, la canicule a provoqué en 2003 des décès qui, autrement, seraient peut-être survenus en 2004. Mais cette explication ne convainc qu'à moitié l'auteur de l'étude, qui rappelle que « la diminution des décès en 2004 fait plus que compenser l'excédent de 2003. Du reste, les régions où la baisse est la plus forte ne recouvrent pas celles qui ont souffert le plus de la canicule ». D'où une autre proposition : la canicule, selon l'Ined, a changé le comportement de la population à l'égard des personnes âgées. Il faudra attendre l'an prochain pour voir si cette amélioration est temporaire ou durable.

En se replongeant dans l'histoire de France, on mesure les progrès réalisés : au milieu du XVIIIe siècle, l'espérance de vie ne dépassait pas 25 ans, en raison d'un très fort taux de mortalité infantile. En regardant l'avenir, la question de savoir si la vie humaine a une limite biologique devient de plus en plus un enjeu de société. Ainsi, dans les années 1950, l'idée dominante était que l'espérance de vie ne dépasserait pas... 75 ans. Aujourd'hui, les démographes débattent du cas de Jeanne Calment (décédée à 122 ans) : « Restera-t-elle une exception ou n'était-elle qu'en avance sur son temps ? » s'interroge Jacques Vallin, de l'Ined, qui table sur une espérance de vie à la naissance dépassant 90 ans à la fin du siècle. Selon lui, dans l'hypothèse d'une poursuite de la baisse de la mortalité à son rythme actuel, parmi les filles nées en France en 2005, 50 % atteindraient 94 ans, et 16 % 100 ans.


CARINE FOUTEAU
Les Echos 24/03/05