Les Echos 5 mars 2007 lundi
Les villes allemandes en guerre contre la pollution automobile
PATRICE DROUIN
Depuis le 1er mars, plusieurs villes d'outre-Rhin sont en guerre contre
les automobilistes circulant dans des véhicules polluants. Les élus
de Berlin, Munich, Stuttgart ou Dortmund ont en effet décidé d'imposer l'achat
d'une vignette à tout propriétaire d'automobile circulant en
centre-ville.
Cette stratégie environnementale ne sera mise en place que
progressivement. Mais le Land du Bade-Wurtemberg a déjà fait savoir
que la mesure sera étendue à l'ensemble de la région. Des villes comme
Francfort, Cologne, Dresde et Leipzig ont décidé de ne démarrer
cette campagne anti-pollution automobile qu'en 2008.
Selon la couleur de sa « plakette » (vignette) qui ne coûte pour le
moment que 5 euros, certains quartiers de la ville concernée
pourront être interdits à l'automobiliste. Le détenteur d'une vignette verte
n'a pour le moment pas trop de souci à se faire. Cela veut dire que
sa voiture est propre ou que le moteur Diesel est équipé d'un filtre à
particules.
C'est déjà plus aléatoire pour celui qui ne pourra obtenir que la
vignette jaune et franchement mauvais pour celui en arborant une
rouge. Quant à l'automobiliste interdit de vignette du fait de la vétusté ou
de l'ancienneté de sa voiture, mieux vaut se mettre au vélo, aux
transports en commun ou à la marche à pied. Les contrevenants devront payer
sur place 40 euros d'amende pour non-respect d'une réglementation
qui va s'appliquer aussi, bien sûr, aux taxis.
« Umweltzone »
Cette affaire des vignettes confirme que l'Allemagne réunifiée a enfin
pris conscience de la pollution automobile qui, selon un rapport récent,
serait à l'origine de la mort d'au moins 70.000 personnes par an.« Sans
oublier les maladies chroniques de très nombreux enfants », précise
l'expert des transports à l'association environnementale Bund.
Les principaux constructeurs automobiles d'outre-Rhin ne voient pas
cette nouvelle prise de conscience d'un très bon oeil. D'autant que leurs
modèles haut de gamme sont déjà dans le collimateur de la Commission européenne
pour une émission de CO2 souvent bien supérieure à 120 g/km. Le président
d'Audi AG, Rupert Adler, estime que l'industrie automobile allemande risque d'être
sérieusement menacée si Bruxelles maintient ses exigences environnementales.
Toujours est-il que les grandes villes allemandes - et celles de taille
plus modeste - se dirigent lentement vers
l'interdiction de circuler en automobile dans l'hyper-centre. Un nom a
d'ailleurs déjà été trouvé à cette future restriction : « Umweltzone
», « Umwelt » signifiant environnement.