Marcher
vers l’école : pourquoi ?
Embouteillages, pollution, sécurité routière, problèmes de santé dus au
manque d'exercice, rues désertées par les piétons et, du coup, peu
conviviales, développement de l'autonomie des enfants plus lents…
les raisons d'inciter à la marche à pied, notamment pour le trajet scolaire,
ne manquent pas.
Mais, pour l'instant, avec l'augmentation du trafic et donc du
risque, les parents préfèrent emmener les enfants en voiture à l'école…
augmentant ainsi le trafic et le danger pour les petits piétons.
Ainsi, par exemple, à Marseille ou à Lille, ils ne sont plus que la moitié des élèves de 5 à 9 ans à se rendre à l'école à pied, contre largement plus des trois quarts en 1976. Parallèlement, les trajets domicile-école en voiture sont passés respectivement de 12 et 16 % à 42 et 46 %.
Bien
sûr, la diminution de la marche à pied s'est, logiquement, accompagnée
d'une forte réduction des accidents de piétons, notamment de jeunes enfants.
Mais cette amélioration de la sécurité s'est faite «au détriment de la
liberté de l'enfant», déplore Jean-Pascal Assailly, chercheur à l'Inrets
(Institut National de Recherche et d'Etude sur les Transports et leur Sécurité).
Le fait d'être toujours accompagnés empêche les enfants de
faire correctement leur apprentissage de la rue et de ses dangers : des études
en Grèce et à Londres ont montré qu'à l'âge de 8 ans, neuf sur dix des
enfants qui avaient l'habitude de traverser seuls la rue trouvaient
spontanément l'endroit le moins dangereux pour traverser (c'est-à-dire où la
visibilité réciproque enfant-automobiliste est la meilleure), contre seulement
un sur cinq de ceux qui n'étaient pas habitués à traverser seuls.
Le danger, ça s'apprend
«Surprotéger les enfants retarde la prise d'autonomie, explique Paul Barré,
de La Prévention Routière, d'ailleurs, on constate un ressaut d'accidents de
piétons vers 11-12 ans, au moment de l'entrée au collège».
C'est pour toutes ces raisons que le gouvernement britannique a
décidé d'encourager
la marche à pied vers l'école. La Grande-Bretagne, qui fait plutôt
figure de modèle en matière de sécurité routière, comptait un nombre de
victimes enfants piétons plus important que la moyenne européenne. Elle s'est
donc penchée tout particulièrement, ces dernières années, sur la question de
la mortalité routière enfantine.
Ses conclusions figurent dans sa stratégie de sécurité
routière sur dix ans (2000 - 2010), où se trouve en bonne place l'incitation
pour les autorités locales, d'une part, et les écoles, d'autre part, à
instaurer des plans de déplacements vers l'école («school travel plans»)
dans le but déclaré de réduire pour ces trajets l'usage de la voiture.
En France, on commence aussi à réfléchir à la question. Une
étude réalisée dans le cadre du Predit, financée par l'Ademe (Agence de
l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) et réalisée par le bureau
d'études Adetec, s'interroge ainsi sur la part des trajets domicile-école en
voiture qu'il serait possible de basculer vers les «modes non motorisés» et
conclut que le «potentiel de report» de la voiture vers la marche à pied
«est élevé» : de l'ordre de 10 à 15 % tous âges confondus, mais
beaucoup plus dans le primaire (jusqu'à 40 % selon les situations).
«D'après les parents, explique l'auteur, Bruno Cordier, le principal levier
est l'amélioration de la sécurité routière.»