Rapide
essai de théologie automobile
Gaspard-Marie
Janvier
Quoi
que puisse dire Aristote et toute la Philosophie, il n’est rien d’égal à
l’auto : c’est la passion des honnêtes gens ; et qui vit sans
auto n’est pas digne de vivre. Non
seulement elle donne la liberté aux hommes et aux femmes, mais encore elle
instruit les âmes à la Discipline et à la Sécurité.
Ne voyez-vous pas bien de quelle manière obligeante chaque conducteur en
use avec tous les autres, et comme on est ravi de voir les ennemis d’hier se côtoyer
comme des frères sur les routes du soleil et des vacances ?
Sans auto, pas de croissance, sans croissance, pas d’emploi.
L’auto s’attaque résolument aux inégalités.
Elle modernise nos villes et nos campagnes. Grâce à elle désormais, tous nos villages se ressemblent :
giratoire, chicane, bac à fleurs, gendarme couché, giratoire.
Et le vieil épicier moisi a cédé sa place à la grande surface où
tout est toujours, toujours, moins cher. D’aucuns
esprits chagrins nous prédisent on ne sait quelle catastrophe climatique :
le Havre sous les eaux… le Gulf Stream tari…
Mais n’en avons-nous pas assez profité ?
N’est-il pas juste que les Sibériens qui grelottent depuis une éternité
puissent enfin se réjouir de voir fleurir les mimosas, et que les Groënlandais
retrouvent un jour leur verdeur étymologique ?
Un
autre préjugé s’inquiète des guerres de l’énergie au Moyen-Orient et de
la contribution de chacun, par ses dépenses de carburant, à l'armement de
nations menaçantes. Sommes-nous à ce point pourris par le
racisme et l’occido-centrisme que nous déniions à ces peuples le droit de
fabriquer d’aussi belles bombes et d’aussi beaux missiles que les nôtres ?
Et là encore,
que les Cassandre se rassurent : le remède est dans les cartons.
On recycle l’huile des McDonalds, on abat les forêts tropicales
inutiles au tourisme, on étend à perte de vue les champs de colza génétiquement
stimulé, bref, on passe au pétrole vert. Roulons
chers amis, roulons plus que jamais, vers la prospérité, le bonheur, la hausse
du niveau de vie et le salut.
Avec son Rapide
essai de théologie automobile, Gaspard-Marie Janvier est sans doute le
premier penseur à prendre l’automobile pour ce qu’elle est : ni simple
objet technique, ni civilisation, mais religion.
Ses sept chapitres appliquent avec succès les méthodes de la théologie
à l’analyse du phénomène automobile. Ils
mettent en mots ce que chacun de nous perçoit au plus profond : oui, décidément,
la bagnole, c’est sacré…